Un geste pour la science, mais qui soulève de nombreuses questions : que signifie ce partage ?
Quels sont les risques et les bénéfices ?
Comment faire un choix éclairé entre vie privée et intérêt collectif ?
Cet article vous propose un cadre simple pour comprendre les enjeux, peser vos options et accompagner vos proches face à cette décision délicate.
Je viens de recevoir ce mail :
"Chère Patiente, Cher Patient, Vous recevez ce courriel car vous avez réalisé au moins un examen de biologie médicale dans un des laboratoires du Réseau Cerballiance depuis le 1er janvier 2023.
La question est complexe.Qu’est-ce que je dois prendre en compte pour y répondre de manière éclairée ? Quelles seraient les conséquences possibles de chacun de mes choix, et comment les évaluer avec justesse ? Selon quels critères juger ce qui pèse le plus entre risques et bénéfices ? Ma réflexion doit tenir compte à la fois de ma situation personnelle — ce que ce partage implique pour ma vie privée, ma santé, ma confiance dans les institutions — et d’un enjeu collectif, qui touche à la recherche scientifique, à la solidarité et à l’intérêt général. Comment articuler ces deux dimensions sans que l’une prenne le pas sur l’autre ? Enfin, comment expliquer ces enjeux à celles et ceux qui recevront le même message et me demanderont conseil ? Comment les aider à faire un choix réfléchi, libre et informé, sans influencer leur décision ? Partager ses données de santé : une décision à la croisée de l'individuel et du collectifLa question est effectivement délicate et mérite une réflexion approfondie. Voici un cadre d'analyse structuré pour vous aider à prendre votre décision et à conseiller vos proches. Les éléments essentiels à prendre en compteFinalités de l'entrepôt de données CerballianceL'entrepôt de Données de Santé (EDS) de Cerballiance a trois finalités principales Voir : “Entrepôt de Données de Santé Cerballiance)
Base légale et durée de conservationLe traitement repose sur l'intérêt légitime des laboratoires dans le cadre de leurs missions de santé publique. Vos données seront conservées pendant 10 ans à compter de leur collecte. Mesures de protectionLes données sont pseudonymisées avant intégration dans l'EDS, ce qui signifie qu'elles ne permettent plus une identification directe. Les chercheurs accédant aux données ne peuvent pas vous identifier. Les données restent hébergées en Europe et ne sont jamais extraites de l'entrepôt sans anonymisation préalable. Conséquences de chaque choixSi vous acceptez (par défaut, sans opposition)Avantages collectifs :
Avantages personnels potentiels :
Risques à considérer :
Si vous vous opposezAvantages personnels :
Inconvénients collectifs :
Conséquence pratique :
Critères de pondération pour votre décision1. Critère de confiance
2. Critère de sensibilité personnelle
3. Critère de bénéfice collectif
4. Critère éthique de finalité
5. Critère de réversibilité
Articuler dimension individuelle et collectiveLa dimension individuelleVotre décision relève de votre autonomie personnelle et de votre droit fondamental à la protection de votre vie privée. Les données de santé sont particulièrement sensibles, car elles touchent à l'intime. Vous êtes légitime à privilégier la protection maximale de vos données.(Conseil d’état : Santé et protection des données) La dimension collectiveLes données de santé sont également considérées comme un bien commun dont le partage peut bénéficier à l'ensemble de la société. Les citoyens interrogés dans diverses études reconnaissent que le partage des données de santé pour la recherche est une évidence, la vraie question portant sur les modalités et les finalités de ce partage.(Voir : Espace européen des données de santé.) Comment concilier les deux ?Le RGPD et la réglementation française tentent précisément de concilier ces deux dimensions
Une approche équilibrée consiste à :
Conseils pour ceux qui vous demanderont conseil1. Encouragez une réflexion personnelleChacun doit peser ses propres critères selon sa situation médicale, ses valeurs et sa sensibilité à la vie privée. Il n'y a pas de "bonne" réponse universelle. (Voir DONNÉES MASSIVES ET SANTÉ : Une nouvelle approche des enjeux éthiques ccne-ethique+1) 2. Fournissez les informations objectives
3. Aidez à identifier les critères pertinentsPosez des questions pour aider la personne à clarifier ses priorités :
4. Proposez une démarche progressiveSuggérez que la personne :
5. Rappelez le contexte de sécuritéMentionnez que Cerballiance a connu une cyberattaque récente. Bien que celle-ci ait touché des données administratives et non l'EDS, elle illustre que le risque zéro n'existe pas en matière de sécurité informatique. 6. Valorisez l'éthique de la solidarité sanitaireRappelant que la recherche médicale que nous utilisons tous aujourd'hui a été possible grâce aux données partagées par les générations précédentes. Le partage des données peut être vu comme une forme de solidarité intergénérationnelle. Recommandations pratiquesPour vous-même et pour conseiller
En conclusionLa décision de partager ou non vos données de santé est profondément personnelle et doit être respectée quelle qu'elle soit. Elle dépend de votre évaluation du rapport bénéfices/risques, de vos valeurs personnelles concernant le bien commun, et de votre niveau de confiance dans les dispositifs de protection en place. Pour beaucoup, une approche pragmatique consiste à accepter le partage tout en restant vigilant et en conservant la possibilité d'exercer son droit d'opposition si l'évolution des usages ne correspond plus à ses valeurs. Le droit d'opposition sans justification et sans conséquence sur les soins constitue un garde-fou important qui permet de "tester" le dispositif. Notice d’information dur l’EDS et formulaire d’opposition à l’utilisation de vos données personnelles par Cerballiance Quelle que soit votre décision, elle contribue au débat démocratique sur l'utilisation des données de santé, un enjeu majeur pour l'avenir de notre système de santé. |
