Votre téléphone sonne. Un numéro que vous ne connaissez pas apparaît à l'écran. Vous hésitez. Vous décrochez.
« Bonjour, je vous appelle au sujet de... »
Vous raccrochez, vous bloquez le numéro et vous passez à autre chose.
Plus tard, le téléphone sonne à nouveau. Nouveau numéro, même scénario. Puis un autre, encore un autre.
Alors une question finit par s'imposer : à quoi servait donc Bloctel ?
À partir du 11 août 2026, Bloctel disparaît. Mais attention à la conclusion trop rapide : cela ne signifie ni que le démarchage téléphonique devient libre, ni que les consommateurs sont désormais abandonnés à leur téléphone.
La nouvelle réglementation impose au contraire aux professionnels d'obtenir le consentement préalable du consommateur avant de pouvoir le démarcher par téléphone.
Ce consentement doit notamment être libre, spécifique, clair, univoque et révocable, et sa durée est limitée à un an. Certaines exceptions sont prévues, tandis que le démarchage est totalement interdit dans certains secteurs, comme la rénovation énergétique, l'adaptation du logement à la perte d'autonomie et le compte personnel de formation.
Mais une question demeure.
Qui va empêcher votre téléphone de sonner ?
La loi peut interdire à quelqu'un de vous appeler. Elle ne peut pas empêcher techniquement un téléphone de sonner. Elle ne peut pas non plus empêcher un fraudeur de multiplier les numéros, d'utiliser un appel automatisé ou de présenter à l'écran un numéro qui n'est pas réellement le sien.
La disparition de Bloctel ne signifie donc pas la disparition de la protection. Elle change la nature de cette protection.
La loi ne peut pas filtrer votre téléphone
Bloctel disparaît, mais le démarchage ne devient pas libre
Bloctel était essentiellement un dispositif juridique : vous inscriviez votre numéro sur une liste d'opposition pour manifester votre refus du démarchage téléphonique.
À partir du 11 août, le principe change. Le professionnel devra avoir obtenu votre consentement avant de vous démarcher, sauf dans les situations prévues par la réglementation.C'est une évolution importante.
Mais il ne faut pas demander à la loi ce que la loi ne peut pas faire.Elle peut définir ce qui est autorisé. Elle peut imposer des obligations aux entreprises. Elle peut prévoir des sanctions.
Elle ne peut pas reconnaître instantanément chaque appel qui arrive sur votre téléphone.
Et surtout, elle ne peut pas faire disparaître les appels frauduleux.
Le droit intervient sur celui qui appelle. Le téléphone intervient sur l'appel que vous recevez.
C'est cette différence qui devient essentielle après Bloctel.
Démarchage, spam, arnaque : trois problèmes différents
Un appel indésirable n'est pas toujours un appel commercial
Imaginez trois appels.
Dans le premier, une entreprise vous propose un service que vous n'avez pas demandé. C'est du démarchage commercial.
Dans le deuxième, un robot vous appelle, personne ne parle et la communication se coupe au bout de quelques secondes. C'est du spam téléphonique.
Dans le troisième, votre interlocuteur prétend travailler pour votre banque et vous annonce qu'une opération suspecte vient d'être détectée. Il vous demande ensuite de lui communiquer le code reçu par SMS. C'est une tentative d'arnaque.
Pour vous, le résultat initial est identique : le téléphone sonne.
Mais les protections ne sont pas les mêmes.
La réglementation peut lutter contre le démarchage illégal. Les opérateurs et les systèmes de filtrage peuvent détecter certains appels indésirables. Mais lorsqu'une personne se présente au téléphone comme votre banque ou votre fournisseur d'énergie, aucun filtre ne peut garantir à lui seul que cette personne dit la vérité.
Il existe même un autre piège : le numéro affiché sur l'écran peut être usurpé.
Voilà pourquoi la question n'est plus seulement :
« Comment empêcher les démarcheurs de m'appeler ? »
Elle devient :
« Comment mon téléphone peut-il m'aider à décider quels appels méritent mon attention ? »
Votre téléphone a déjà une première ligne de défense
Avant d'installer une application, regardez ce que vous avez déjà
Beaucoup de smartphones Android disposent déjà de fonctions de détection et de filtrage des appels indésirables.Avec Téléphone de Google, le téléphone peut identifier certains appelants, avertir lorsqu'un
appel semble indésirable et, selon les fonctions disponibles sur l'appareil, filtrer automatiquement certains appels. Il permet également de signaler un numéro comme spam et de corriger une erreur lorsqu'un appel légitime a été classé à tort comme indésirable.
Il faut cependant savoir que la protection antispam de Google peut transmettre à Google des informations sur les numéros appelés ou reçus qui ne figurent pas dans vos contacts, afin de contribuer à leur identification ou à la détection du spam. Google précise en revanche ne pas recevoir les numéros présents dans votre liste de contacts.
Sur les smartphones Samsung, Smart Call de Samsung propose également l'identification des appelants et la détection des appels suspects. Il est possible de bloquer ou de signaler les appels indésirables. Samsung indique que ces fonctions sont fournies par Hiya et que leur disponibilité peut varier selon le pays et le modèle.
Premier réflexe : activez les fonctions anti-spam de votre téléphone avant de chercher une application supplémentaire.
Identifier, avertir, filtrer, bloquer : quatre protections très différentes
Derrière le mot « anti-spam », des réalités très différentes
C'est probablement la distinction la plus importante à comprendre.
Imaginez que quatre téléphones reçoivent exactement le même appel.
Le premier affiche simplement le numéro.
Le deuxième affiche :
« Appel potentiellement indésirable »
Le troisième reconnaît l'appel comme suspect et évite de faire sonner le téléphone, tout en conservant une trace de l'appel.
Le quatrième bloque complètement le numéro.
Les quatre téléphones possèdent une protection anti-spam. Pourtant, ils ne protègent pas leur propriétaire de la même manière.
Identifier
Le téléphone essaie de déterminer qui vous appelle.
Avertir
Il vous indique que l'appel semble suspect ou indésirable, mais vous laisse décider.
Filtrer
Il intervient avant que l'appel ne vous dérange et le traite selon certaines règles.
Bloquer
Il empêche réellement l'appel d'arriver jusqu'à vous.
Cette distinction permet de comprendre pourquoi deux solutions présentées comme des « bloqueurs d'appels » peuvent avoir des comportements très différents.
Un outil qui identifie très bien les appelants n'est pas forcément celui qui bloque le plus.
Saracroche : un cas intéressant à regarder de près
Une application spécialisée, simple et radicale
Parmi les applications spécialisées, Saracroche mérite une attention particulière.
Sa base comprend actuellement environ 16 millions de numéros bloqués ou identifiés. Mais ce chiffre mérite d'être compris.
Environ 13 millions correspondent à des préfixes réservés au démarchage téléphonique communiqués par l'ARCEP. Environ 3 millions de numéros supplémentaires proviennent de signalements, comprenant notamment des opérateurs entiers et des numéros individuels faisant l'objet d'un système de notation.
Saracroche n'essaie donc pas de deviner ce que pense la personne qui vous appelle.
Elle vérifie si le numéro correspond à ce qu'elle connaît déjà comme indésirable.
C'est précisément ce qui explique à la fois son efficacité et ses limites.
Pourquoi cela peut être intéressant sur Android
La différence avec une solution comme Google Téléphone ou Samsung Smart Call est importante à comprendre.
Les systèmes intégrés peuvent faire davantage que simplement bloquer une liste de numéros : ils peuvent identifier des appelants, avertir, signaler et, selon les appareils et fonctions disponibles, filtrer différents types d'appels.
Saracroche adopte une philosophie plus ciblée : bloquer les numéros connus comme indésirables, avec une base importante et régulièrement mise à jour. Elle est également open source et indique fonctionner localement sur l'appareil.
Elle présente donc un intérêt particulier pour quelqu'un qui recherche avant tout la simplicité, le blocage automatique et un fonctionnement centré sur la confidentialité.
Mais elle n'est pas magique.
Un numéro nouveau, absent de la base parce que personne ne l'a encore signalé, ou un numéro usurpé peut toujours passer.
Bloquer davantage n'est pas forcément mieux
Le jour où votre filtre bloque le bon appel
Imaginez que vous attendiez l'appel d'un artisan.
Vous avez demandé un devis. Il doit vous rappeler.
Son numéro ne figure évidemment pas encore dans votre téléphone.
Il appelle.
Votre système de filtrage considère le numéro comme suspect et bloque l'appel.
Vous ne voyez rien.
L'artisan pense peut-être que vous ne répondez pas. Vous pensez peut-être qu'il ne vous a pas rappelé.
Vous venez de subir un faux positif.
Un faux positif, c'est lorsqu'un système classe comme indésirable quelque chose qui ne l'est pas.
Ce problème existe avec tous les systèmes automatiques qui doivent prendre une décision à partir d'informations incomplètes.
Il faut donc se méfier d'une idée séduisante :
« Le meilleur bloqueur est celui qui bloque tout. »
Non.
Le meilleur filtre est celui qui réduit suffisamment les appels indésirables sans vous faire perdre les appels importants.
Ne confondez pas numéro inconnu et numéro dangereux
Les règles trop radicales peuvent vous jouer des tours
« Je vais bloquer tous les numéros inconnus. »
Cela peut sembler séduisant.
Mais un numéro que vous ne connaissez pas peut être celui d'un médecin, d'un artisan, d'un livreur, d'une administration ou d'une personne qui vous appelle depuis un nouveau téléphone.
D'ailleurs, dans Google Téléphone, le réglage « Inconnus » ne signifie pas simplement « numéros qui ne sont pas dans mes contacts » : il peut bloquer les numéros privés ou masqués tout en continuant à laisser passer les numéros non enregistrés dans vos contacts.
Cette nuance est importante.
Et il y a une autre règle à retenir :
Un numéro français n'est pas une preuve d'identité.
Le numéro affiché peut être usurpé.
Le téléphone peut donc vous aider à évaluer un appel, mais il ne peut pas certifier à lui seul l'identité de celui qui parle.
Le dernier filtre reste humain
L'urgence est parfois souvent l'arme de l'escroc
Supposons qu'un appel passe tous les filtres.
Vous décrochez.
Une personne vous explique que votre compte bancaire est menacé et vous demande de confirmer immédiatement un code reçu par SMS.
Le téléphone n'a pas détecté l'arnaque.
Mais vous avez encore une arme très simple :
ne pas agir immédiatement.
Vous pouvez raccrocher.
Vous pouvez vérifier.
Vous pouvez rappeler votre banque avec son numéro officiel.
Vous pouvez prendre le temps de réfléchir.
L'escroc n'a pas nécessairement besoin de vous convaincre pendant vingt minutes. Il lui suffit parfois de vous empêcher de réfléchir pendant trente secondes.
C'est pourquoi il faut acquérir un réflexe très simple :
Un appel inattendu ne doit jamais vous obliger à prendre immédiatement une décision importante.
Ne communiquez jamais un code de sécurité reçu par SMS à quelqu'un qui vous appelle.
Ne donnez pas vos coordonnées bancaires à un interlocuteur inattendu.
Et lorsqu'une personne prétend représenter votre banque, votre opérateur ou une administration, raccrochez et reprenez vous-même contact avec l'organisme en utilisant ses coordonnées officielles.
La véritable protection n'est donc pas seulement de savoir reconnaître une arnaque.
C'est de savoir sortir de la situation imposée par l'appelant.
Et si le téléphone se trompe ?
Signaler et corriger font partie de la protection
Le filtrage automatique n'est pas parfait. C'est pourquoi les fonctions de signalement et de correction sont importantes.
Sur Google Téléphone, vous pouvez signaler un numéro comme spam. Vous pouvez également indiquer qu'un numéro a été classé à tort comme indésirable.
Samsung propose lui aussi le signalement des numéros indésirables.
Saracroche permet également de signaler des numéros, afin d'alimenter ses listes.
Il existe donc une forme d'intelligence collective derrière ces systèmes.
Vous recevez un appel indésirable. Vous le signalez. Le système dispose d'une information supplémentaire. D'autres utilisateurs pourront éventuellement en bénéficier.
Le blocage protège votre téléphone.
Le signalement contribue à améliorer la protection des autres.
Mais là encore, prudence : un signalement n'est pas une preuve absolue.
Un numéro peut être mal classé, et les bases doivent pouvoir corriger leurs erreurs.
Une protection doit aussi respecter votre vie privée
Que doit savoir l'application pour vous protéger ?
C'est une question que les comparatifs d'applications anti-spam posent rarement.
Pour identifier les appels, certains services utilisent des informations sur les numéros reçus et des bases de données en ligne. Google indique par exemple que sa fonction d'identification et de protection antispam peut lui transmettre certains numéros qui ne figurent pas dans vos contacts.Saracroche adopte une autre approche : son site indique que les listes sont présentes sur l'appareil et que le filtrage fonctionne sans connexion Internet.
Ce n'est pas nécessairement une question de « bonne » ou de « mauvaise » solution.
C'est une question de choix.
Avant d'installer une application qui intervient dans vos appels, vous pouvez vous poser trois questions :
Est-elle efficace pour mon besoin ?
Est-elle suffisamment simple à utiliser ?
Que fait-elle de mes données ?
Ces trois critères sont plus utiles que le simple nombre de fonctions affichées dans la fiche de l'application.
Alors, que choisir sur Android ?
Trois situations, trois réponses
1°) Si vous recevez peu d'appels indésirables, commencez par les fonctions intégrées à votre téléphone. C'est la solution la plus simple et elle peut être largement suffisante.
2°) Si vous recevez régulièrement du démarchage et que le filtrage natif ne vous satisfait pas, une application spécialisée comme Saracroche peut constituer un renfort intéressant, particulièrement si vous recherchez un blocage automatique et un fonctionnement local.
3°) Si votre priorité est plutôt de savoir qui vous appelle, les solutions d'identification intégrées à certains téléphones ou les services spécialisés peuvent répondre à un autre besoin.
Dans tous les cas, évitez d'empiler les applications.
Plus de filtres ne signifie pas automatiquement plus de sécurité.
Le bon système est celui qui vous apporte suffisamment de tranquillité sans vous faire manquer les appels dont vous avez réellement besoin.
Après Bloctel, la protection devient une chaîne
La loi, le réseau, le téléphone, l'application et vous
La disparition de Bloctel ne signifie donc pas que chacun devra se débrouiller seul.
La protection repose désormais sur plusieurs niveaux.
La réglementation définit ce que les professionnels ont le droit de faire et impose le consentement préalable au démarchage commercial à partir du 11 août 2026.
Les opérateurs peuvent intervenir au niveau du réseau pour contribuer à la détection et au traitement des appels frauduleux ou indésirables.
Le smartphone peut identifier, avertir, filtrer ou bloquer certains appels.
Les applications spécialisées peuvent renforcer certaines de ces fonctions.
Et enfin, nous conservons le dernier filtre : notre capacité à douter, à vérifier et à refuser d'agir dans l'urgence.
C'est peut-être la meilleure manière de comprendre ce qui change avec la fin de Bloctel.
Bloctel appartenait surtout au monde du droit. Le filtrage anti-spam appartient au monde du numérique.
Mais il ne faut pas chercher à faire disparaître tous les appels provenant de numéros inconnus. Certains seront parfaitement légitimes.
Le véritable objectif est plus simple :
faire en sorte que les appels indésirables cessent de décider à votre place quand votre téléphone doit vous interrompre.
Le meilleur téléphone n'est donc pas celui qui bloque tout.
C'est celui qui filtre suffisamment pour vous laisser tranquille, tout en vous laissant la possibilité de vérifier.
Car face à un appel inattendu, la technologie peut vous avertir. Elle peut même vous protéger.
Mais la dernière décision doit rester la vôtre.
